En bref
Les maisons en pierre obtiennent souvent des étiquettes F ou G au DPE en raison d'une méthode de calcul théorique qui ignore l'inertie thermique des murs massifs, mais quatre travaux ciblés — isolation des combles, remplacement de la chaudière, changement des menuiseries et isolation des murs perspirants — peuvent améliorer significativement la note.
Trois points à retenir
- Le DPE 3CL calcule les pertes instantanées sans tenir compte de la capacité des murs en pierre à stocker et restituer la chaleur, pénalisant ainsi ces bâtisses.
- Isoler les combles et la toiture constitue le chantier prioritaire pour réduire les déperditions énergétiques d'une maison en pierre classée F ou G.
- Remplacer une chaudière au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur air-eau réduit les émissions de CO₂ et améliore directement la note GES du DPE.
La réponse en bref
Quatre travaux peuvent sauver une maison en pierre classée F ou G : isoler les combles et la toiture, remplacer la chaudière par une pompe à chaleur, changer les menuiseries pour du double vitrage et isoler les murs avec des matériaux perspirants.
Pourquoi une maison en pierre se retrouve souvent avec une étiquette F ou G au DPE
Longère bretonne, ferme en Dordogne, maison de bourg en granit… Des milliers de propriétaires de maisons en pierre vivent la même situation : un confort réel toute l’année, puis une lettre F ou G qui tombe lors du diagnostic de performance énergétique. Pour une bâtisse réputée saine et tempérée, ce verdict semble absurde.
Depuis que l’étiquette énergétique conditionne le droit de louer et influence directement le prix de vente, cette mauvaise note préoccupe. Elle reflète pourtant autant la méthode de calcul utilisée que la maison elle-même. Quelques travaux bien ciblés permettent souvent de remonter la note. Tout dépend de la façon dont le DPE interprète vos murs anciens et vos équipements.
Depuis le 1er juillet 2021, tous les logements sont soumis à une méthode unique appelée 3CL : le DPE ne s’appuie plus sur les factures d’énergie, mais sur une consommation théorique calculée à partir des caractéristiques relevées sur place. Les anciens diagnostics établis entre 2018 et le 30 juin 2021 ont cessé d’être valables au 31 décembre 2024, y compris les anciens DPE vierges. De nombreuses maisons en pierre ont alors vu leur note dégringoler, car le logiciel raisonne en termes de pertes instantanées plutôt qu’en ressenti réel des occupants.
Le calcul prend en compte la résistance thermique des parois, mais pas la capacité des murs massifs à stocker et restituer la chaleur. Lorsque l’épaisseur exacte ou la nature de la pierre sont inconnues, le logiciel applique des valeurs par défaut, presque systématiquement défavorables. Un mur enterré peut être assimilé à un mur exposé à l’extérieur ; un isolant dissimulé sous un rampant est tout simplement ignoré.
L’humidité constitue également un angle mort du système : un mur gorgé d’eau isole mal, mais un drainage ou un enduit à la chaux qui l’assèche n’améliore quasiment pas la note. Enfin, la classe finale résulte de deux indicateurs — énergie primaire et émissions de gaz à effet de serre — et c’est le moins bon des deux qui détermine le résultat. Cela pénalise fortement les logements équipés de chaudières au fioul ou au gaz.
Avant de se lancer dans les travaux, sécuriser le diagnostic existant
Premier réflexe utile : vérifier la date du DPE et le mode de chauffage du logement. Pour un bien chauffé à l’électricité, le coefficient qui convertit l’énergie consommée en énergie primaire est passé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026, puis doit descendre à 1,7 au 1er janvier 2027, selon l’arrêté du 19 août 2026. Une maison estimée à 150 kWh d’électricité finale par mètre carré et par an est ainsi passée de 345 à 285, puis à 255 kWh d’énergie primaire — sans aucun travaux. Une attestation de mise à jour peut être téléchargée gratuitement sur l’observatoire de l’Ademe, ce qui peut suffire à gagner une classe.
Deuxième étape : fiabiliser les données du diagnostic pour éliminer les valeurs par défaut défavorables. Avant la visite du diagnostiqueur, il est conseillé de rassembler les factures d’isolation des combles, de menuiseries, de chaudière ou de pompe à chaleur, avec marques, modèles et épaisseurs. Des plans et photos de murs mis à nu montrant la nature et l’épaisseur de la pierre, ainsi que des accès dégagés aux combles, à la cave et aux planchers, seront également précieux.
Un diagnostiqueur habitué au bâti ancien prendra le temps de mesurer et d’observer correctement. Le propriétaire peut lui demander de détailler les épaisseurs saisies dans le logiciel. Depuis 2021, le DPE est opposable, ce qui ouvre la voie à une contestation formelle en cas d’erreur avérée.
Quatre travaux qui peuvent sauver une maison en pierre classée F ou G
Les audits énergétiques menés sur ce type de bâti placent presque toujours le même chantier en tête : isoler les combles et la toiture. La chaleur monte naturellement, et une toiture peu ou pas isolée concentre une grande partie des déperditions énergétiques. Une isolation renforcée des combles perdus ou des rampants, réalisée avec des matériaux biosourcés comme la fibre de bois ou la ouate de cellulose, améliore fortement la classe sans qu’il soit nécessaire de toucher aux façades.
Depuis le décret du 25 août 2026, une isolation réalisée seule n’est plus financée par MaPrimeRénov par geste, même pour un logement F ou G. Elle reste cependant finançable dans le cadre d’une rénovation d’ampleur ou via l’éco-prêt à taux zéro.
Le deuxième levier majeur consiste à remplacer une vieille chaudière au fioul ou au gaz par une pompe à chaleur air-eau ou un raccordement à un réseau de chaleur. Cette substitution réduit considérablement les émissions de CO₂ et améliore directement la note GES du DPE. Pour les maisons individuelles classées F ou G, MaPrimeRénov par geste reste ouverte pour ces équipements jusqu’au 31 décembre 2027.
Viennent ensuite les menuiseries et l’étanchéité à l’air. Remplacer des fenêtres à simple vitrage par du double vitrage en bois bien posé, traiter les bas de portes et les joints, limite efficacement les infiltrations d’air froid. Ce resserrage impose cependant une ventilation performante — souvent une VMC hygroréglable — faute de quoi la vapeur d’eau se concentre dans les murs et fragilise la pierre.
Le quatrième chantier porte sur l’isolation des murs, à réaliser uniquement avec des matériaux perspirants : enduit chaux-chanvre, doublage en laine ou en fibre de bois. Les façades nord et ouest passent en priorité, les murs exposés au soleil bénéficiant davantage de l’inertie thermique naturelle de la pierre. Lorsqu’un plancher bas sur cave ou terre-plein reste accessible, son isolation vient compléter l’ensemble de manière significative.
La pression réglementaire rend ces travaux d’autant plus stratégiques. Les logements classés G ne peuvent plus faire l’objet d’un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025 ; la classe F suivra au 1er janvier 2028. Par ailleurs, la vente d’une maison individuelle classée E, F ou G impose déjà un audit énergétique détaillant plusieurs scénarios de rénovation. Dans une maison en pierre, ces quatre leviers restent les plus efficaces pour améliorer l’étiquette tout en respectant l’intégrité du bâti ancien.


