En bref
La ministre Maud Bregeon supprime cinq programmes CEE destinés aux ménages précaires et aux collectivités pour recentrer le financement sur l'électrification via pompes à chaleur et véhicules électriques.
Trois points à retenir
- Cinq programmes sociaux (Toits d'Abord, Slime, Tims, Territoires zéro exclusion énergétique, Actee) perdent environ 100 millions d'euros annuels de financement CEE dès 2027.
- Le programme Actee voit son objectif d'écoles adaptées réduit de 12 500 à 2 500 établissements, soit une baisse de 80 %.
- Les associations craignent qu'électrifier sans isoler préalablement ne fasse grimper les factures des ménages fragiles au lieu de les alléger.
La réponse en bref
Cette décision supprime le financement de cinq dispositifs d'aide à la rénovation énergétique pour les ménages modestes et les petites communes, au profit d'une stratégie centrée sur l'électrification. Les associations et l'opposition dénoncent un abandon des plus précaires et une contradiction avec les objectifs de justice sociale.
Un arbitrage budgétaire qui pèse lourd sur les plus vulnérables
Discret mais lourd de conséquences, un choix budgétaire de la ministre de l’Énergie Maud Bregeon frappe directement les ménages modestes et les petites communes. Au cœur des discussions sur la facture énergétique, ce virage remet en cause l’équilibre entre la rénovation énergétique des bâtiments et la course à l’électrification.
Le 20 octobre 2026, le ministère de l’Énergie a officialisé la suppression, à compter de 2027, de cinq programmes financés par les Certificats d’économies d’énergie (CEE) et destinés aux ménages en précarité énergétique ainsi qu’aux collectivités territoriales. L’objectif affiché : « recentrer les CEE sur l’électrification », en donnant la priorité aux pompes à chaleur et aux véhicules électriques. Ces dispositifs sociaux bénéficiaient jusqu’ici d’environ 100 millions d’euros par an. Sur le terrain, nombreux sont ceux qui y voient déjà un tournant aussi social que technique.
Maud Bregeon recentre les CEE sur l’électrification
Les CEE contraignent les fournisseurs d’énergie à financer des actions d’économies d’énergie, pour une enveloppe qui devrait dépasser 8 milliards d’euros en 2026, comme l’a rappelé Maud Bregeon devant le Sénat. Une portion de ce volume était jusqu’alors réservée aux programmes dits « précarité ». En choisissant de les réduire, la ministre assume pleinement une stratégie alignée sur le plan d’électrification du gouvernement — centré sur les pompes à chaleur, la voiture électrique et la souveraineté industrielle — qualifiant les critiques de « quelque peu décalées ».
Quelques mois auparavant, le 28 mai sur le plateau des Grandes Gueules, Maud Bregeon affirmait pourtant l’inverse : « Avant de parler de climatisation, il faut faire de la rénovation énergétique. Climatiser des passoires thermiques, ça n’a aucun sens ». Au Sénat, les écologistes soulignaient qu’une rénovation thermique peut réduire d’environ 30 % la facture énergétique d’un foyer. Les associations craignent désormais qu’une électrification des équipements sans isolation préalable ne fasse grimper les factures des plus fragiles, au lieu de les alléger.
Cinq programmes de rénovation énergétique sacrifiés dès 2027
Les programmes concernés sont Toits d’Abord, Slime, Tims, Territoires zéro exclusion énergétique et Actee. Lancé en 2012, Toits d’Abord finançait chaque année entre 400 et 500 logements très sociaux (PLAI) à raison de 10 000 euros par logement. La part de ces PLAI est passée de 44 % à 41 % du parc social en dix ans, alors que 62 % des demandeurs y sont éligibles. « L’État a choisi, par cette décision, directement ou indirectement, de toucher aux plus précaires », estime Florian Huyghe, directeur adjoint de la Fondation pour le Logement.
Slime et Tims, portés par le réseau Cler, revendiquent plus de 300 000 personnes accompagnées pour repérer les situations de précarité énergétique et orienter vers les dispositifs d’aide existants. Territoires zéro exclusion énergétique ciblait quant à lui les zones rurales où jusqu’à 20 % des ménages subissent le froid ou des factures insupportables. Sans ces ingénieries financées par les CEE, plusieurs petits maires redoutent de ne plus disposer des moyens nécessaires pour monter des dossiers complexes.
Le programme Actee, dédié aux bâtiments publics, illustre à lui seul le recul brutal. Créé en 2019, il a déjà accompagné plus de 6 000 écoles. En juin 2026, l’exécutif annonçait un objectif de 12 500 établissements adaptés au changement climatique ; un arrêté du 8 octobre ramène ce chiffre à 2 500, soit une réduction de 80 %. « Cette décision brise l’élan de rénovation au moment où le mandat municipal s’ouvre, où les canicules ont fermé des écoles, où les prix de l’énergie s’envolent », alerte son directeur Guillaume Perrin.
Précarité énergétique, écoles, élus : un dossier explosif pour 2027
L’ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher fustige ce virage vers l’électrification, qu’elle juge « purement technocratique et hémiplégique sur le plan social ». Le réseau Cler va encore plus loin : « Arrêter le financement, c’est abandonner les ménages les plus précaires, et confirmer que la vision qu’a ce gouvernement de la politique publique environnementale se fera contre les classes populaires, au lieu d’avec et pour elles ». Les associations rappellent également l’enjeu sanitaire : sans adaptation thermique, des écoles déjà fermées lors des dernières canicules resteront exposées aux épisodes à venir.
Pour l’opposition, la contradiction est flagrante entre les discours sur la justice sociale et ces arbitrages budgétaires. La suppression de ces programmes fait suite à une baisse de 40 millions d’euros du plan de rénovation thermique des écoles, annoncée en septembre 2026. Des élus locaux, comme Dominique Ramard, maire de Saint-Juvat, réclament une « reconsidération » de la décision. Les collectivités, souvent en désaccord avec l’exécutif, pourraient faire de ce dossier le symbole d’un État qui se retire de la lutte contre la précarité énergétique, au moment précis où les budgets 2027 se bouclent. Reste à savoir si, face aux remontées du terrain, le gouvernement acceptera de rouvrir le sujet avant l’arrêt effectif des premiers chantiers.


