Une cave confisquée au 82 boulevard Davout, dans le XXe arrondissement de Paris
Au 82 boulevard Davout, dans le XXe arrondissement de Paris, un inconnu a pris le contrôle total des caves d’un immeuble de logements sociaux. Depuis l’été 2024, cet homme s’est progressivement approprié les sous-sols, empêchant les locataires légitimes d’accéder à leurs propres box. Le quotidien de ces familles est depuis lors marqué par la peur, les nuisances et un profond sentiment de dépossession.
Sarah*, une mère de famille dont le prénom a été modifié pour la protéger, ne reconnaît plus l’immeuble dans lequel elle vit. Plantée devant la porte métallique menant aux caves, elle résume la situation avec consternation : « Il a installé une serrure, c’est lui qui doit nous ouvrir », alors même que sa famille dispose officiellement d’un box attribué. Depuis août 2024, chaque descente au sous-sol est conditionnée à la présence de cet occupant illicite.
Comment le squatteur a progressivement pris le contrôle des sous-sols
L’emprise sur les caves ne s’est pas faite du jour au lendemain. D’après les témoignages des locataires, l’individu disposait au départ d’un accès à trois caves, avant de forcer méthodiquement les autres portes pour finir par occuper la quasi-totalité du sous-sol. Des cloisons ont été abattues, des cadenas remplacés, et des aménagements bricolés ont permis de créer une cuisine, des sanitaires et une chambre souterrains.
Ses raccordements non autorisés sur le réseau électrique commun de l’immeuble auraient provoqué de fréquentes coupures de courant, perturbant l’ensemble des habitants. Les résidents affirment par ailleurs que ce sous-sol transformé est devenu un point de vente de cigarettes et de stupéfiants, avec un va-et-vient permanent de clients dans les escaliers. Certains consommeraient directement sur place, abandonnant sachets vides, mégots et traces d’urine dans le hall. Sarah confie qu’elle évite désormais de sortir seule tard le soir : « On ne se sent pas en sécurité dans l’immeuble ».
Un véritable logement de fortune sous terre, source de pannes et de dégradations
Les images tournées dans l’immeuble révèlent un appartement précaire aménagé sous terre : plaques de cuisson, petit réfrigérateur, lit et sanitaires rudimentaires constituent l’essentiel de l’installation. L’alimentation électrique repose entièrement sur des rallonges branchées sur les parties communes, provoquant des pannes à répétition. À chaque coupure, l’ascenseur, l’éclairage et les réfrigérateurs des appartements s’arrêtent simultanément — une situation particulièrement préoccupante pour les familles avec enfants ou pour les personnes âgées.
Les conséquences dépassent largement les seuls sous-sols. Un commerçant installé au rez-de-chaussée révèle qu’en mars 2025, des voleurs auraient emprunté une cave communicante pour pénétrer dans son local et y dérober du matériel. Face à ces risques, plusieurs familles ont pris la décision de restreindre les déplacements seuls de leurs enfants, craignant une mauvaise rencontre à proximité de l’entrée du sous-sol.
Procédure d’expulsion, concours de la force publique et dénouement
Après de nombreux signalements, Paris Habitat, bailleur social de l’immeuble, a déposé en janvier 2025 une plainte pour « occupation illicite » et engagé une « procédure contentieuse pour expulsion en référé ». Une décision de justice a finalement été obtenue le 6 janvier 2026. Le 20 janvier, le bailleur précisait attendre la notification officielle du jugement, seule mesure permettant de solliciter l’intervention des forces de l’ordre. La mairie du XXe arrondissement assurait de son côté suivre le dossier de près. Selon les informations publiées par la suite, l’homme a été expulsé le 27 janvier 2026.
Cette affaire suit le cadre légal habituel applicable à ce type de situation : le propriétaire ou le bailleur saisit le juge des contentieux, généralement en référé, pour obtenir une ordonnance d’évacuation. Le jugement est ensuite signifié par un commissaire de justice, qui remet un commandement de quitter les lieux. En cas de refus de l’occupant, le préfet peut autoriser le recours à la force publique. Il convient également de rappeler que la trêve hivernale ne s’applique pas aux squats résultant d’une entrée par voie de fait.


