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Bien-être

Fernando, 39 ans, est le seul habitant de son village : « Je gagne 1 500 € et pourrais économiser 700, mais je choisis de profiter de la vie »

Un village pour lui seul : Fernando vit à Benamira depuis 17 ans

Imaginez des rues silencieuses, aucun voisin à l’horizon, et des maisons fermées à perte de vue pendant des mois entiers. Ce n’est pas la trame d’un film post-apocalyptique, c’est simplement le quotidien de Fernando, un Espagnol de 39 ans établi dans le village de Benamira, situé dans la province de Soria. Depuis 17 ans, cet homme a délibérément tourné le dos aux grandes agglomérations pour s’installer dans un endroit où il se retrouve parfois comme seul habitant pendant plusieurs mois d’affilée.

Son histoire suscite une curiosité particulière à l’heure où les loyers étouffent les budgets de millions de ménages. Fernando affirme en effet pouvoir mettre de côté jusqu’à 700 euros chaque mois sur un salaire de 1 500 euros. Mais derrière ce potentiel d’épargne se dessine avant tout une philosophie de vie bien singulière. Dans un entretien accordé au vidéaste espagnol Diego Revuelta, relayé ensuite par le média argentin TN, il explique pourquoi il refuse de quitter Benamira — malgré les avantages financiers qu’une ville lui offrirait, et malgré certaines contraintes bien réelles.

D’un séjour de quatre mois à dix-sept ans d’ancrage rural

Tout part d’une décision pragmatique prise il y a près de deux décennies. Originaire de Madrid, Fernando rejoint alors Benamira, un petit village rattaché à la commune de Medinaceli, en Castille-et-León. L’idée de départ était simple : occuper pendant quatre mois une maison familiale pour éviter de payer un loyer. Aucun projet d’installation durable à l’horizon.

Pourtant, la parenthèse ne s’est jamais vraiment refermée. Conquis par la sérénité des lieux et porté par des souvenirs d’enfance encore vifs, Fernando a progressivement construit sa vie dans ce village. Dix-sept ans plus tard, l’idée de partir ne l’effleure toujours pas.

Le village recense 58 maisons, mais l’immense majorité demeure close la plus grande partie de l’année. Leurs propriétaires — souvent des descendants d’anciens résidents — reviennent ponctuellement lors des vacances ou de certains week-ends. Fernando se retrouve donc seul pendant environ 200 jours par an. Cela ne signifie pas pour autant qu’il vit en ermite : du lundi au vendredi, son travail dans l’entretien et la conservation des routes le met en contact régulier avec d’autres personnes. Le reste du temps, il court dans la nature, cultive son potager, lit, cuisine ou rédige des textes humoristiques sur la vie rurale.

« Je pourrais économiser 700 € mais il faut aussi profiter de la vie » : le budget de Fernando passé au crible

Le principal levier financier de Fernando est évident : l’absence totale de loyer. En occupant la maison familiale, il s’épargne la charge la plus lourde du budget de la plupart des ménages. Avec un salaire mensuel d’environ 1 500 euros, il estime qu’une gestion stricte de ses dépenses lui permettrait d’épargner jusqu’à 700 euros par mois.

Mais Fernando n’est pas du genre à se priver pour gonfler un compte épargne. « Je pourrais économiser 700 euros. Je ne le fais pas, mais je le pourrais si je me montrais strict. Il faut aussi profiter de la vie », confie-t-il. L’argent, selon lui, doit aussi servir à se faire plaisir.

Ses charges fixes restent néanmoins remarquablement basses. Il dépense environ 40 euros par mois en électricité et 50 euros pour un forfait mobile avec données illimitées, faute de connexion Internet fixe à domicile. Son alimentation lui revient entre 300 et 400 euros mensuels. En revanche, le poste le plus lourd reste le carburant, qui représente lui aussi entre 300 et 400 euros par mois. À Benamira, il n’existe ni supermarché ni réseau de transports en commun adapté aux besoins du quotidien : posséder une voiture n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue pour faire ses courses, rejoindre son lieu de travail et accéder aux services essentiels.

Isolement, hôpital à 90 kilomètres : la vie à Benamira n’a rien d’une carte postale

Fernando est le premier à reconnaître que son cadre de vie idyllique comporte des revers sérieux. L’accès aux soins médicaux représente la contrainte la plus préoccupante : l’hôpital le plus proche se trouverait à environ 90 kilomètres. En cas d’urgence, cette distance peut rapidement devenir un problème critique. Fernando pointe également le manque flagrant d’infrastructures et les difficultés d’accès à Internet, deux freins majeurs qui découragent l’installation de nouveaux habitants dans le secteur.

Malgré tout, son attachement à Benamira reste profond et ancré dans son histoire personnelle. Enfant, il y passait ses vacances et retrouvait de nombreux autres jeunes dans les rues du village. Aujourd’hui, il observe avec une certaine mélancolie la disparition progressive de cette vie collective.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Fernando ne souhaite pas rester seul dans son village. Il appellerait volontiers une vingtaine ou une trentaine de résidents permanents à s’y installer. Selon son témoignage, plus de 400 personnes auraient déjà exprimé leur intérêt pour venir s’établir dans la zone. Mais le manque de logements disponibles, l’absence de services de proximité et le déficit de débouchés professionnels bloquent concrètement ces projets.

Fernando estime que le développement de logements publics dans les petites communes pourrait insuffler une nouvelle vie à ces territoires, tout en offrant une véritable alternative aux loyers prohibitifs des grandes villes. En attendant, il continue de profiter de son jardin, de sa maison et du silence de Benamira. Pour lui, la vraie richesse ne se calcule pas uniquement en euros économisés — elle se mesure aussi à la liberté de vivre exactement là où l’on se sent bien.